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Auguste Rodin, cette belle canaille

auguste rodin
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12 Drogue Violence ou horreur Sexe

Rodin cachait un secret inavouable, au point que La porte de l’Enfer l’obnubila jusqu’à la fin de sa vie en 1917.

Auguste Rodin, cette belle canaille est une nouvelle fantastique écrite par Pierre-Gilles Launay, Le Corrigeur, le 29 septembre 2009. Elle décrit les affres d’une maladie improbable, la maladie du corps de pierre. On en mourrait autrefois à 33 ans dans les pires souffrances.

Le Corrigeur a été dans une autre vie (de 1992 à 1998) le pilier de 3 grands magazines. Il était lu chaque mois par environ 15 000 lecteurs.

Voici une démonstration de ses compétences d’écriture.

Auguste Rodin, cette belle canaille

En 1877, quand Auguste réalisa à trente-sept ans son célèbre âge d’airain, certains crièrent à l’imposture. Ils imaginaient qu’il avait moulé son plâtre sur un modèle vivant. Ils se trompaient, évidemment. Je devins le Penseur de Rodin.

J’avais vingt-quatre ans et j’admirais déjà la grâce et la virtuosité du maitre. J’en vins rapidement à rencontrer ce sculpteur de génie, et bientôt mon ami. Le virtuose m’avait envouté comme il subjugua plus tard les plus illustres personnages de son époque, et bien sûr les plus belles femmes de son temps, telle la jolie Camille Claudel, une autre artiste qui connut cependant une heure moins heureuse.

Je souffrais d’une maladie rare, et les premiers maux commençaient à me ronger. Parfois, la douleur me prenait à la hanche, une torture sourde qui ressemblait à la fulgurance d’une « béquille », à la sensation que vous pouvez ressentir quand vous recevez un coup de genou à l’arrière de la ceinture sacro-iliaque, juste dans le gras de la fesse. Les élancements s’amplifiaient, et toute la cuisse puis toute la jambe se raidissaient telle une tendinite généralisée.

Je consultais. C’est psychosomatique, mon cher Joseph. Vous êtes en pleine période d’examens et cela reflète uniquement votre angoisse dans cette difficile épreuve de l’entrée en quatrième et dernière année de médecine. Un banal quidam ressentirait un point thoracique en dessous du mamelon gauche, car le cœur compte beaucoup dans leur imaginaire. Pour vous, il fallait un autre exutoire moins vulgaire. Regardez, constatez-le vous-même : la sciatique est tronquée ; on peut donc éliminer une atteinte des nerfs L5 ou S1. Vous avez dû vous heurter exactement à cet endroit.

En 1879, le rhumatisme me clouait au lit et la déchéance commença lentement. Ma colonne vertébrale se bamboufiait. Les démangeaisons gagnaient mes extrémités. Un prurit vivace s’installait subrepticement dans, comme le dirait mon directeur de thèse, « la face antérieure de la phalangette de mon annulaire gauche ». Il précédait puis persistait tout le temps de la claudication de ma cuisse homolatérale. Tousser devenait également fort douloureux. Je consultais à nouveau.

— C’est la fin, mon pauvre Joseph : tu as contracté une spondylarthrite ankylosante.

— Qu’est précisément cette horreur ?

— On ne sait pas très bien. Il y a un raidissement progressif de l’épine dorsale avec une ossification progressive des cartilages intervertébraux. Certains suspectent un phénomène inflammatoire en raison des poussées et des rémissions. En l’absence d’autopsie, je ne peux cependant qu’imaginer une atteinte des trous de conjugaison. Je ne te cacherai pas la vérité. Tu vas te déformer ; tu éprouveras de plus en plus de troubles moteurs, sensitifs ou végétatifs.

— Veux-tu dire que je deviendrai dingue ?

— Cela n’atteint que la colonne vertébrale. Tu souffriras, mon pauvre ami, en toute conscience.

J’en discutais avec Auguste.

— Mais pourquoi ne m’en as-tu pas parlé plus tôt, mon bon Joseph ? me répondit-il. Il te faut des sels d’or. Je peux t’en obtenir en provenance de Copenhague. J’ignore les causes physiques du phénomène, mais il semble que cela soigne les — comment dis-tu ? — algies de type inflammatoire.

Je pris la composition que nous importions sous le nom d’aurotiomalate sodique pour tromper la vigilance des douanes.

La rémission dura quelques mois. Puis je commençais à souffrir d’insuffisance cardiorespiratoire. Des crampes intercostales me réveillèrent la nuit. Respirer devenait un calvaire, et toujours aucun signe clinique à part la douleur. Imaginez par exemple une soudaine rage de dents. L’élancement augmente, vrille votre mâchoire, et exulte en myriades de pics déchirants jusqu’à l’intolérable. Le tiraillement éclate votre beau sourire en un rictus lamentable. Vous éprouvez mille souffrances…

Cela n’est rien par rapport aux douleurs de la spondylarthrite ankylosante.

En 1880, Auguste me dévoila son secret.

— Tu t’es toujours étonné de la très grande qualité anatomique de mes statues. Beaucoup imaginent même que je les ai moulées sur un modèle vivant. C’est faux.

Il me révéla la technique. Il recherchait ses sujets parmi des marginaux, dans la fleur de l’âge. Il les enduisait préalablement avec une liqueur de sa création pour faire ressortir tout leur éclat, car mon ami Auguste était aussi un voyeur, et il aimait voir et palper les corps nus de ces jeunes éphèbes ou jouvencelles. Il leur demandait de prendre la pose. Au bon moment, il envoyait alors un gaz qui durcissait instantanément le liquide à son contact, conservant éternellement l’expression du modèle.

— Regarde : la qualité du produit est telle, que l’on aperçoit même le grain de la peau ou les gouttes de sueur. Mes préférés restent cependant mes compositions sur la béatitude.

J’étais sidéré. Auguste me montrait déjà sa collection privée, des nus bien sûr, comme nous y avaient habitués ses œuvres publiques, sauf que là, il ne s’agissait pas de statue de plâtre ou d’airain. De plus, ces mannequins avaient été saisis dans les moments les plus intimes de l’extase, seuls ou en couple dans des postures qui ne prêtaient pas à équivoque. Je frémissais d’épouvante, et cela me provoqua une violente crampe du thorax.

— Mes statues n’ont pas été moulées sur des modèles vivants. Non ! Je suppose qu’ils devaient être morts quand je les ai réalisées, du moins je l’imagine. Et quelle destinée je leur ai donnée : la renommée à tout jamais.

— Mais tu es un malade !

— Non ! Plutôt un égocentrique. Ils ne vivaient pas. Je les ai nourris, je les ai requinqués. Leur existence avait été misérable, je l’ai magnifiée et rendue flamboyante. Et sais-tu le plus beau : l’argent et la gloire qui s’ensuivirent m’ont permis de découvrir un autre secret, celui de l’immortalité des pharaons. C’est de cela dont je souhaiterais te parler, car n’es-tu pas mon ami ?

— De… des pharaons ! Tu es fou ! Et d’ailleurs, as-tu seulement déjà vu l’état de putréfaction d’un pharaon ?

— Oui ! des vrais pharaons, pas des simulacres de momies qu’on a trouvées dans la vallée des rois. Nos illustres anciens trouvèrent le moyen de cristalliser la vie quand moi je ne figeais que la posture. C’est bien de cela que je veux t’entretenir. Si actuellement ta maladie reste mortelle, pourquoi cela ne changerait-il pas dans cent ou cent-cinquante ans ? En 1980 ou 2030, ton mal aura probablement enfin été guéri par la science.

En 1882, la douleur ne m’autorisa plus que quelques heures de sommeil par jour. Je m’endormais vers minuit, pour me réveiller vers deux ou trois heures. Le tramadol chlorhydrate me permit cependant de survivre. J’étais fatigué. Mon raisonnement souffrait de mes pertes de mémoire, ma peau se desséchait, mais au moins je pouvais dormir un minimum de deux à trois heures avant d’être rattrapé par les crampes matinales des fraicheurs nocturnes.

J’avais commencé à me recroqueviller en position fœtale. C’était la plus supportable, celle qui limitait mes horribles fulgurances.

Je passais dorénavant le plus clair de mon temps dans mon lit. J’acceptais finalement son traitement.

— Veux-tu que je te dise, mon ami Joseph ? Une fois le dernier stade du processus atteint, il ne restera plus qu’à générer un champ électromagnétique de Faraday ; apprends maintenant le plus beau de l’histoire : plus fort que la plus puissante des jouissances, cette séquence sublimera aussi toutes tes sensations du moment pour toute la durée de ton « Hibernation ». Les femmes pour l’éternité ! Je trouverais bien une jouvencelle qui saura te satisfaire. Je ne lancerai l’étape finale qu’à cet ultime moment.

— Holà, mon ami, je connais tes penchants de voyeur, mais moi, je ne suis pas exhibitionniste pour un sou. Et puis tu sais, avec le tramadol chlorhydrate que je prends tous les soirs, il y a bien longtemps que j’ai perdu l’envie.

— Même pas le matin, toi le chaud lapin d’antan ?

— Même pas, avouais-je tristement. Cela fait bien six mois que je n’ai plus pratiqué, même en solitaire.

— Pourquoi ne l’apprends-je que maintenant ? Ne suis-je pas ton ami ? Il te faut une cure d’urgence ! Fais-moi confiance, je saurai te trouver la personne compétente.

Je m’habillais, pour ma dernière nuit, d’une chemise de nuit et d’un bonnet. Je ne voulais pas apparaitre nu devant mon ami. La jeune fille resplendissait. Elle montra une dextérité telle que les effets indésirables du médicament disparurent peu à peu au bout de quelques heures de montée progressive du plaisir.

Et je jouis. Avant que la maladie ne reprît le dessus.

Mon ami se réveilla en sursaut, resta bouche bée, puis se ressaisit et abaissa la manette. C’était trop tard. Cet instant de plaisir avait amené tout aussitôt une violente sensation de crampe douloureuse, me faisant… débander en moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire, juste avant qu’il n’enclenche la réaction finale.


Nous sommes en 2009 ; c’est la journée du patrimoine. J’ai atrocement mal. Tout le temps. Cela dit, mon ami Auguste Rodin a tenu parole : je vis encore.

Le plus pénible ne réside cependant pas que dans la douleur physique. Auguste avait omis de m’informer que le champ magnétique me figerait également à jamais. Et comme c’était aussi un homme d’affaires, il s’était bien gardé de me révéler toute son idée. La prostituée à peine renvoyée, il avait tôt fait de me déshabiller. Il me voyait entièrement nu. Je craignais le pire. J’étais en position fœtale, recroquevillé dans mon lit ; non ! il m’assit sur une sorte de trône et me dit : « Tu vas devenir célèbre, mon ami ».

Et depuis, moi qui ne supportais même pas de me voir nu dans la glace, je dois souffrir les quolibets des jeunes amoureux « dis, tu as vu son sexe riquiqui ? On croirait un Japonais ! »

Figé à jamais, je ne peux bien sûr pas cacher ma nudité. Quant à ces petits morveux de cinq à huit ans, croient-ils vraiment que l’on est comme ça quand on va aux toilettes ?

Auguste Rodin, tu n’es qu’un salopard, un escroc, une ordure.

Clermont-Ferrand, le 29 septembre 2009.

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Cette nouvelle comme celles qui suivent sont une démonstration de qualité des prestations proposées par le conseiller en écriture Le Corrigeur.

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