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La côte de Jade

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7 Peur Grossièreté

Jade pouvait être fière d’elle. Et pourtant, tout se mit à aller de travers !

La côte de Jade est une nouvelle fantastique écrite par Pierre-Gilles Launay, Le Corrigeur, le 17 avril 2016. Cette nouvelle expose les pires tourments auxquels s’exposent les organisateurs d’une manifestation où se joue en réalité tout leur avenir professionnel.

Le Corrigeur a été dans une autre vie (de 1992 à 1998) le pilier de 3 grands magazines. Il était lu chaque mois par environ 15 000 lecteurs.

Voici une démonstration de ses compétences d’écriture.

La côte de Jade

Je m’appelle Jade et j’habite à Clion, une petite bourgade près de Sainte-Marie-sur-Mer intégrée à la station balnéaire de Pornic. J’exerce depuis de nombreuses années, et avec passion, le métier de cuisinière. J’appartiens d’ailleurs au Cercle des Esthètes de La Toque Écrue.

Pourquoi vous dis-je tout ça, ou plutôt : pourquoi est-ce que j’écris tout cela sur mon iPad puisque la fin du monde a commencé, et que personne ne lira probablement mon tapuscrit ?

C’était en 2015. Les premiers signes de la Bête arrivaient déjà subrepticement depuis quelques années, mais personne ne les voyait.

Aujourd’hui, loin de tout cela, loin même d’imaginer tout cela, j’organisais depuis déjà un an le 13e congrès international du Celte de France (Celte ? Bah oui ! Nous nous sommes beaucoup amusés quand nous avons cherché comment nous appeler). Il devait se tenir du vendredi 1er au dimanche 3 avril. La mécanique était parfaitement huilée. Tout ne pouvait que se dérouler à merveille. Tout était planifié jusqu’au moindre petit ognon. J’étais fière de moi.

Quinze jours avant les évènements, je reçus la première déconvenue. J’avais prévu une visite suivie d’un achat à la célèbre faïencerie de Pornic. C’était de la belle vaissellerie qui ne devrait que pouvoir sublimer nos créations culinaires. Je ne recueillis pas une seule confirmation de tous les membres du Celte.

Sous le choc, je ressentis cela comme un coup de fourchette dans la poitrine. En fait, la douleur persista durant quelques jours. Je suffoquais. Je découvrais alors quelques bleus qui me saupoudraient le corps ça et là, mais hormis cela, rien d’inquiétant.

Une semaine auparavant, j’apprenais l’impensable. L’hôtel avait changé de propriétaire et le nouveau titulaire voulait tout renégocier.

J’étouffais à nouveau. Mon mari, toujours prompt à la plaisanterie me déclara :

— Heureusement, ma chérie, que tu as une résistance élastique à toute épreuve. Tu vas pouvoir rebondir comme une asperge ! Tu n’es pas du genre à l’avoir dans l’os !

Élastique ! élastique ! Que ne m’avait-il pas dit ! Il voulait me requinquer, mais ce fut tout l’inverse.

Tout tournait maintenant en boucle dans ma tête. Douleur thoracique, élastique, renégociation, élastique, douleur thoracique, élastique… J’y ajoutais rapidement « extrême fatigue ».

Le président du Celte, mon copain Philippe, trouva pourtant aussitôt la solution avec l’hôtelier. Il lui envoya simplement le service juridique et le tenancier revint à la raison.

Je n’en dormis pas davantage. Tout cela m’avait ébranlée. Je regardais même en désespoir de cause sur Internet… Non ! Ce n’est pas vrai. Je ne vais pas me mentir à moi-même. J’avais en fait cherché immédiatement ce qu’il en retournait avec mon smartphone, dès la première alerte, en mettant bout-à-bout tous les termes de mes maux.

J’avais à l’évidence le syndrome d’Ehlers-Danlos, une maladie génétique rare. Bravo pour une cuisinière ! Moi qui croyais auparavant n’avoir qu’un Rouget du porc du cuisinier, me voilà dans de beaux draps ! Plus je lisais les symptômes, plus cela devenait évident. N’avais-je pas été victime de multiples hernies récidivantes ? N’avais-je pas une hyperlaxité articulaire ? Ehlers-Danlos ! J’étais foutue. Et puis, c’est vrai que ma peau se montrait particulièrement élastique, un peu comme une nouille ramollie, tiens !

Je consultais en urgence mon ami Gwion :

— Ne t’emballe pas, Jade, il faut attendre les résultats des analyses. Ehlers-Danlos reste plutôt rare, surtout en Bretagne, et je te rappelle que tu es une Bretonne pure souche de génération en génération, au point que tu portes même comme patronyme l’ancien nom de notre ville de Pornic !

— Justement, Gwion, je suis sans doute le résultat d’un isolat génétique ! Tu te rends compte ?

— Oh ! Toi tu es allé sur Doctissimo ? Bon ! D’accord ! Je vais me montrer plus clair. Tu as apparemment bien quelques-uns des symptômes et ça pourrait être le début de cette maladie, mais avant de te repasser les plats, il faut peut-être que j’en aie la certitude ! Non ? Notre corps est parfois si bizarre !

Trois jours auparavant, les deux conférencières, deux éditrices spécialisées en livres de cuisine qui étaient prévues pour le samedi soir, se décommandèrent :

— Pas intéressant, votre truc. Pourquoi irions-nous au bout du trou du cul du monde alors qu’il y a en ce moment le Salon de la Gastronomie ? Non vraiment, ça sera pour une autre fois.

Quelle vulgarité, ces poufiasses !

J’avais un bleu sur la cage thoracique, là, tout en bas à droite, toujours sur la même côte.

Deux jours auparavant, tandis que je me trouvais à l’hôtel pour fignoler les derniers préparatifs qui sublimeraient toutes nos appétences culinaires, le maire me téléphona :

— Jade, ne panique pas, mais on a des problèmes avec les forains. C’est l’apocalypse ! Ils ne veulent plus quitter la place aujourd’hui comme il était prévu. Ils veulent rester jusqu’à lundi matin.

— Mais ! Mais en quoi ça me concerne, Loïc ? Pourquoi me…

— Ils empêchent l’accès à la salle des fêtes, explosa-t-il.

Je tombais à la renverse. La conférence du samedi après-midi, la plus importante du congrès, celle qui devait lancer ma carrière, allait être annulée. L’horreur. Voilà un an que je me battais pour exister dans ce monde si fermé de la haute gastronomie, et tout se voyait subitement pulvérisé en poudre de néant.

J’envoyais alors un message à ma copine, Marie-Chantal, la trésorière. La réponse fut immédiate. Marie-Chantal et Philippe me téléphonèrent en même temps :

— Pas de panique, ma chérie ! Ce n’est quand même pas la fin du monde !

Pas de panique, pas de panique ! Ils en ont de bonnes, eux. Mon corps était foutu, et ma vie professionnelle partait en lambeaux. Quelle dérision !

L’hôtelier vint alors me trouver. Alors lui ! Ce n’est vraiment pas le moment.

— Madame Pornizh ! Madame Pornizh ! Je peux vous aider. J’ai une salle de conférences disponible. Je vous l’offre. Votre trésorière vient de me téléphoner et je comprends bien la situation. Et entre Bretons, il faut bien s’entraider !

Il n’était finalement pas un si mauvais bougre que cela. Je lui sautais dans les bras.

— Par contre, continua-t-il, j’ai une mauvaise nouvelle, ou plutôt une demi-mauvaise nouvelle. Le restaurant où devait se dérouler le concours de cuisine sera fermé dimanche midi à cause des intempéries. Il ne pourra donc pas…

— Mais c’est pas vrai ! éclatais-je en sanglots. Cela n’en finira donc jamais ?

Un violent point thoracique me reprenait soudainement. Il me contraignait tout un côté des poumons. Je suffoquais. Je tombais à la renverse puis je me ressaisis ! Mon Dieu que j’avais mal.

— … mais j’ai trouvé la solution, s’écria l’hôtelier en élevant hystériquement la voix de plus en plus fortement. J’ai un copain restaurateur et il veut entrer au Celte. Il pourra certainement vous dépanner.

J’étais un peu rassurée, mais mon cœur battait tout de même la chamade. Et que cela faisait mal ! Une fois monsieur Millau parti, je me précipitais donc dans les toilettes et je regardais dans le miroir. J’étais noire de bleus sur tout le thorax comme une viande bien trop malaxée. Gwion avait tort. Ehlers-Danlos.

Nous étions maintenant le 3 mars. Personne n’y prêta garde, mais Monseigneur Georg Gänswein, le secrétaire particulier de Benoît XVI, déclara que « Le pape émérite s’éteignait comme une bougie ».

Apocalypse, fin du monde ? Et si c’était le Cavalier Blanc qui venait d’avancer un nouveau pion après avoir évacué la pression du sous-pape ?

Le 31 mars, la route de Nantes à Pornic fut fermée pour cause de travaux à cause des manifestants contre l’aéroport de Nantes. Nous étions désormais totalement isolés au bout du monde. Comme les congressistes devaient arriver le lendemain 1er avril, la réunion devrait donc être définitivement annulée.

J’en voulus à la Terre entière. Quelle saloperie ! Et cette douleur un peu partout sur mon corps ! Et ma peau qui se craquèle un peu partout comme une orange trop mure ! Ah ! Il en a de bonnes, le Gwion ! Espèce d’incapable ! Psychosomatique, pendant qu’il y est ! Qu’est-ce qu’il y connait de toute façon à cette maladie ? Je voudrais bien l’y voir, lui, si une tuile comme ça lui tombait soudainement dessus.

Le téléphone sonna. C’était Loïc :

— Dis Jade, tu sais que la route de Pornic a été fermée pour travaux et que…

— Et c’est pour ça que tu m’appelles ? m’écriais-je. T’as encore une autre mauvaise nouvelle ?

— Non justement ! Au contraire. C’était fermé juste hier à cause des dégâts provoqués par les opposants à l’aéroport de Nantes. Maintenant, c’est bon.

J’en restais sans voix.

Le lendemain, le congrès pouvait enfin commencer. À la place des éditrices, Philippe trouva même en remplacement une Youtubeuse de ses amies qui accepta de nous parler par Skype de son activité de critique culinaire.

Le matin, Gwion me téléphona tout excité :

— C’est bon, Jade ! Tu n’as rien. Juste un peu trop de fatigue. Ce n’est pas Ehlers-Danlos.

— Comment ça ? Et tous mes symptômes ? Et tous ces bleus que j’ai sur le thorax ?

— Et… Et… Et tu ne m’en as pas parlé ? Tu attendais quoi ?

— Oui, j’ai découvert ça, l’autre jour.

— Comment as-tu découvert ça ?

— Je venais d’avoir une mauvaise nouvelle et je me suis effondrée et…

— Ouf ! Ce n’est rien. Allons, Jade ! C’est simplement le phénomène normal quand on tombe par terre un peu brutalement. Et en plus, tu es très surmenée et ça n’arrange pas les choses. Non ! Tu n’as définitivement rien d’inquiétant. Et puis je dois te dire, mais tu gardes ça pour toi, je suis moi-même atteint d’une forme grave du syndrome d’Ehlers-Danlos, et je peux te dire que cela n’a strictement rien à voir.

Ouf ! Ce n’était donc pas la côte qui me rongeait, mais simplement mon angoisse exacerbée.

Le soir, la conférence Skype commença toutefois fort bizarrement. La connexion s’était, étrangement, établie assez difficilement. Nous avions soit l’image soit le son, mais jamais les deux en même temps… La Youtubeuse semblait paniquée. Elle tenait des propos incohérents :

— Fuyez, s’il est encore temps ! Les quatre Cavaliers de l’Apocalypse sont l’œuvre…

— Que t’arrive-t-il ? l’interrompit sèchement Philippe.

— Vous n’avez pas constaté des faits étranges ces derniers jours, une accumulation improbable de tout un tas de maux invraisemblables ? Et le pape émérite est mort. On parle d’empoisonnement comme pour Jean-Paul Ier.

— Le pape est mort ?

— Oui ! Ils disent que c’est le début de l’Apocalypse et…

La connexion disparut subitement.

Quelqu’un sortit alors dehors pour fumer une clope, en levant les yeux au ciel d’un air soupirant. Il revint aussitôt, livide, en chancelant, visiblement très mal en point :

— Vite ! Venez voir !

Tout le monde se précipita dehors sauf moi. Je restais seule dans la salle. J’entendis un :

— Hé ! Il n’y a plus rien au-delà de…

Une lueur soudaine retentit. Je me précipitais à mon tour.

Le Cavalier Rouge avait étendu la mort et la désolation partout en Afrique et en Asie sous le couvert de faux prophètes. C’était en réalité de vrais brigands qui avaient investi la religion musulmane et qui pratiquaient la Guerre civile pour vendre des esclaves, de la drogue et des armes.

Le Cavalier Noir avait marchandisé la nourriture des Céréales grâce aux organismes génétiquement modifiés sous le prétexte d’une meilleure productivité. Cette mauvaise cuisine avait en fait desséché de nombreux cours d’eau tels le célèbre Jourdain biblique, ou encore la mer d’Aral, affamant de nombreuses populations qui ne pouvaient désormais survivre qu’en cultivant le chanvre, le pavot ou encore le raisin, seules cultures végétales encore non investies par les multinationales.

Le Cavalier Blème, celui de la maladie et des intoxications alimentaires, avait pu être jugulé, croyait-on, mais il sévissait en réalité encore dans des laboratoires où il était étudié et d’où il s’échappa régulièrement, provoquant des Épidémies de SIDA, de Zika, de grippes aviaires, et d’Ebola.

Le cavalier Blanc, enfin, avait lancé sa Charge pastorale, et l’on s’était retrouvés avec deux papes pour le prix d’un.

Hélas ! Vous le savez tous. Tous ? Enfin ! S’il y a des survivants.

Je suis seule. Désespérément seule. L’électricité fonctionne encore grâce au groupe électrogène de l’hôtel, mais pour combien de temps ?

Clermont-Ferrand, le 17 avril 2016.

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Cette nouvelle comme celles qui suivent sont une démonstration de qualité des prestations proposées par le conseiller en écriture Le Corrigeur.

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